Thomas Bouvier

Né à Genève en 1962. Après des études de musique à Los Angeles et Genève, il se spécialise dans l'informatique musicale. Il est aujourd'hui écrivain et musicien, lauréat du prix Rambert pour Demoiselle Ogata. (2015)

www.thomasbouvier.ch

Werke (Auswahl)

Le Livre du visage aimé.
Editions Zoé, 2012

Demoiselle Ogata.
Editions Zoé, 2002

2012

Le Livre du visage aimé

Editions Zoé, 2012

Thomas Bouvier tresse trois histoires d’amour dans ce roman fleuve. Après une opération qui laisse Grand frère mutique et à moitié paralysé, son fils adoptif entreprend de lui lire chaque jour la suite d’un conte qu’il rédige au fur et à mesure: les aventures d’un vagabond en route pour sauver sa femme, dans un univers empreint d’une inquiétante étrangeté. En contrepoint, un homme exilé à la montagne écrit à la femme aimée. Trois voix, trois quêtes, pour une ode au pouvoir de l’imaginaire ciselée dans une écriture précise.

Aus: Thomas Bouvier. Le Livre du visage aimé. Editions Zoé, 2012

Grand frère a dit: «Tu travailleras, tu prieras, tu mèneras la vie parfaite et quand le soleil touchera ta face, je serai à tes côtés, quand ta main forte ouvrira l’onde, je serai à tes côtés et quand, ivre de vagues, tu reprendras pied sur les roches marines, je serai à tes côtés.»
Grand frère a dit: «Tu travailleras, tu prieras, tu mèneras la vie parfaite et quand à force de pratique tu auras tiré de toi un peu d’humanité, je serai à tes côtés dans des parfums de sel et de pins maritimes». Je dirai «Viens, ami, marchons dans le verger. Allons nommer les arbres.»


Lesung: Thomas Bouvier, 19.05.2012, SLT

Sa, 19.05.12, 13:00

Lecture
Landhaus Seminarraum
Moderation: Anne Pitteloud
2003

Demoiselle Ogata

Editions Zoé, 2002

Aus: Thomas Bouvier. Demoiselle Ogata. Editions Zoé, 2002

Quand est forte la morsure de la mémoire, quand mon esprit que j’ai maintenu fixé sur l’image nette d’un portrait du Fayoum (objet actuel de mes exercices de contemplation) est tout à coup mangé des faces sardoniques – charmant héritage, légué par des messieurs fort convenables saluant en claquant des talons dans d’impeccables costumes, dont les efforts, les appétits, les visions démentes et les obsessions ont fini par constituer la plus effroyable collection d’actes jamais imaginés, que ces actes, relayés par l’image, ont donné naissance à une iconographie à côté de laquelle les Jugements derniers les plus sombres ressemblent à de joyeux pique-niques, que ces images reviennent en force, parfaitement nettes, comme un vent violent dans les réseaux subtils de ma mémoire, que je ne peux plus supporter ces tempêtes mentales – il n’est qu’un recours: la déambulation.
Lorsque dans ma ville natale, je me rends de A à B, j’ai le choix entre cinq itinéraires. Je m’efforce de les faire alterner, attentif à ne jamais créer de séquences repérables, maintenant ainsi mon attention en éveil. Rester sensible à la lumière sur la face des immeubles, les frondaisons, les visages, les étoffes et les carrosseries toujours mieux profilées des automobiles, voilà l’enjeu!
Chaque itinéraire comporte ses avantages. L’un d’eux comprend le passage d’une rivière, l’agrément de la lumière qui constamment varie sur les remous de l’eau. La couleur oscillant – en fonction de la saison, de l’état du ciel, de l’heure, de l’angle – d’un vert crayeux et sale à la plus parfaite transparence.


Fr, 30.05.03, 16:00

Lecture
Landhaus Säulenhalle
Moderation: Ivan Farron