Bernard Comment

Né en 1960 à Porrentruy, vit à Paris (2005)

Werke (Auswahl)

Un Poisson hors de l’eau.
Edition du Seuil, 2004

Allées et venues.
Christian Bourgois éditeur, 1992

2005

Un Poisson hors de l’eau

Edition du Seuil, 2004

Aus: Bernard Comment. Un Poisson hors de l’eau. Edition du Seuil, 2004

... c’est cela qui fascine le plus chez les enfants, leur corps réduit, leur dimension en devenir, on ne sait pas ce qu’ils seront et feront plus tard, ils ont un infini potentiel en eux qui va se réduire et se préciser à chaque carrefour, bien sûr un adulte est pris dans le vieillissement progressif, il évolue, se transforme dans l’âge, cependant il a acquis sa taille, un mot terrible, la taille, on y sent la coupe, la découpe, le prélèvement aussi, taillable et corvéable, il y a la taille verticale, l’élévation d’un corps, et la taille horizontale pour la partie la plus resserrée du tronc, tour de taille, taille de guêpe, mais tailler c’est encore et toujours élaguer, les jeunes pousses portent en elles tous les rêves du monde tandis que la taille adulte inspire une idée d’achèvement, de renonciation, seule l’enfance nous console du temps, les enfants sont habités par la peur, qui n’est cependant pas identique à celle des adultes, plus concrète celle-ci, plus précautionneuse, les enfants ont peur que la vie ne leur donne pas ce qu’ils en attendent, ou pas assez vite, ou pas comme ils voudraient, c’est pour cela qu’ils sont imprévisibles, ils devinent qu’on veut les rouler, les tailler, et ils résistent …

Sa, 07.05.05, 11:00

Lecture
Landhaus, Säulenhalle
Moderation: Aline Delacrétaz

Sa, 07.05.05, 20:30

Lecture
Landhaus, Säulenhalle
1992

Allées et venues

Christian Bourgois éditeur, 1992

Aus: Bernard Comment. Allées et venues. Christian Bourgois éditeur, 1992

..ce matin je suis allé tres tôt chercher les croissants la boulangerie du centre commercial, la fille venait d'ouvrir, encore à moitié endormie, elle m'a reconnu, pas tout de suite mais elle m'a reconnu, elle m'a demandé comment va Olivier, et vous, on ne vous voyait plus, vous êtes bien matinal avec cette pluie, il paraît que ça va durer jusqu'en août, été pourri, j'ai aussi pris une tresse, quand nous allions en vacances à la montagne, j'en achetais souvent, Natacha adorait ça, elle contemplait les sinuosités du pain avec ses yeux noirs grands ouverts, elle essayait de démêler les courbes et proclamait ça c'est maman, ça c'est papa et ça Natacha, chaque fois elle répétait le meme scénario, sans envisager de place ni de fil pour Olivier que je m'empressais de consoler, au bord des larmes, et ça finissait en rires, de beaux rires d'enfants, j'ai pensé maintenant ce sont eux les trois fils de la tresse, et moi l'exclu, l'indésirable, un vent froid coulissait le long des galeries marchandes, je suis rentré, tous les trois dormaient, malgré le bruit de la circulation, je me suis demandé comment j'avais enduré ça pendant tant d'années...

Fr, 29.05.92, 13:30

Landhaus, Landhaussaal
Moderation: Isabelle Rüf