Anja Carmel

née en 1959, vit à Dottikon (1994)

Werke (Auswahl)

Les Agneaux.
1992

1994

Tiré de: Les yeux détestés; voir/s.a Zündschrift" Mai 1994, francais/deutsch

1992

Aus: Anja Carmel. Les Agneaux. 1992

La voix qui monte du bas de l'escalier s'évertue dans son cri. - Daniel… Daniel. Elle crie et criera sans que je réponde. Voix aiguë, nerveuse, qui dérange. Ma mère. Le son s'étire, "Daniiiieeel", s'amplifie au troisième appel; cris de nerfs au quatrième et paire de claques en guise de cinquième appel. La joue est rouge. Ma joue est habituée. Je n'ai pas pleuré. A sec, mes yeux ont dévisagé le visage maternel. Sans ruse, sans révolte ni offense, avec indifférence ils l'ont vue arriver, franchir la porte à grandes enjambées, élever une main qui s'est affaissée violemment. La voix continue de crier là, tout près de mon oreille. - Daniiieeel! Je hais mon prénom qui ne sait pas s'arrêter, qui s'écorche sur sa dernière syllabe et qui me harcèle de son habitude d'éclopé. La voix. Ma mère. Mon prénom. Trois mots qui me façonment et qui font de moi un bourbier d'émotions, une démangaison d'envies, un flot de rêves, un enfer quo-ti-dien. Ce mot aussi, je le déteste. Il me ressemble trop. Le quotidien s'appelle Madame Duvoix, ma mère, et se répète comme la voix, sans usure. "Tu n'es bon à rien et tu ne seras jamais bon à rien." J'ai fini par y croire. Depuis, la main rouge s'abat sur man visage sans qu'aucune défense ne la retienne. La voix s'abrutit dans mes oreilles, la main serre man bras, la porte du grenier est fermée à clé, la clé confisquée. Désolation du coeur, lorsque la clé s'enfonce dans la poche du tablier de ma mère.

Sa, 14.05.94, 20:30

Lecture
Landhaus, Säulenhalle
Moderation: Françoise Fornerod