Claire Krähenbühl

Née en 1942, vit à La Sarraz. (2012)

Oeuvres (Selection)

Histoires de Louise.
Editions Samizdat, 2011

Trouble, nouvelles.
Edition Aire, 1995

2012

Histoires de Louise

Editions Samizdat, 2011

Monsieur Songe de Robert Pinget rencontre «Louise Bottu la poétesse» – et cela s’arrête là. Or, Claire Krähenbühl donne corps à cette poétesse, elle lui donne des mots, des objets (perdus, ébréchés), des linges (deux, puis trois, mais pas cinq comme Proust), une valise, deux robes (avec photos), un amant et un correspondant, une Petite qui devient grande, des livres, des souvenirs et des rêves. À travers ces brefs récits en prose poétique, pleins d’humour, de mélancolie, d’observations fines et précises sur les mots et les gens affleure un magnifique portrait de la poétesse et de son écriture.

De: Claire Krähenbühl. Histoires de Louise. Editions Samizdat, 2011

Parfois on insistait, curieux, un peu confus. Une poétesse, c’est comment ? Elle était confuse de leur confusion. Avait honte pour eux d’être si peu connue. De peur qu’on aperçoive sur son visage les pensées frémir comme un éventail ouvert elle gardait les yeux baissés mais elle sentait que l’éventail était pourpre, que les palmes bougeaient sur ses joues et le silence n’arrangeait rien. Alors vite, vite, entre deux bâtonnets de carotte et de céleri, elle leur jetait des mots, des mots, des mots, des mots. Comme une seiche lâche son encre.

Lesung: Claire Krähenbühl, 19.05.2012, SLT

Sa, 19.05.12, 16:00

Lecture
Landhaus, Seminarraum
Modération: Ruth Gantert
1996

Trouble, nouvelles

Edition Aire, 1995

De: Claire Krähenbühl. Trouble, nouvelles. Edition Aire, 1995

Cette histoire, voilà trente ans qu'elle veut et ne veut pas qu'on la raconte. Trente ans qu'elle vivote, morcelée, éparpillée. Au mieux dans les cahiers noirs ou de petits carnets, au pire sur des feuilles volantes égarées dans mes piles. On y retrouve, d'une reprise à l'autre, les mêmes phrases, les mêmes lacunes. Et j'ai bien sûr quelques images en attente dans ma mémoire. Un ou deux flashes. Pouquoi veut-elle tellement être racontée et pourquoi se dérobe-t-elle tant? De toutes mes «histoires impossibles», ce n'est pas la moins racontable. Il faut à chaque histoire son trouble et son secret, sinon, inutile de la raconter. Il peut y avoir, parfois, comme dans celle de Leonor, trop de trouble et trop de secret, alors on hésite. On la tourne et retourne en soi. Tendrement. On change le nom de la vieille dame ou du château, on l'appelle Hildegard un jour, Imogène un autre. On l'envoie vivre ailleurs. Peine perdue, on la reconnaît à lenjouement qui farde une tristesse immense, à sa petite chienne, à ses chevilles enflées par la vodka...
Ah! mais je parlais de Maeder. Je ne me souviens pas du tout de son visage ni de son acent, ni du lieu où il est allé se cacher pour mourir.


Sa, 18.05.96, 15:00

Lecture
Landhaus, Säulenhalle
Modération: Janine Massard