Monique Laederach

Fin avril, et tout chante, remarque-t-elle. Tout en douceur, les blancs, les roses, et les bleus: chaque saison a ses couleurs, sa tonique et sa dominante. Seigneur, laissez que je sois comme les autres! Mais le soleil sur son visage levé lui signale le mensonge: je ne suis plus la jeune fille incandescente que je rêve, et même: je ne l'ai jamais été. A l'intérieur, oui, flammes et bouillonnements. Et quelle expression extérieure? "Pas d'excès, ma chérie. Les excès sont le pays des charretiers et des femmes du peuple." Je ne suis pas du peuple, Dieu sait. Et Frantz? Peut-être est-ce là mon seul argument: non seulement je suis poétesse, mais issue d'une bonne maison? Nausée, nausée.
Ainsi, se dit-elle assise sur le vieux banc, je pense à Frantz comme s'il habitait ici, déjà? mon enfant? Ah! Marie, comme tu as dû l'aimer.

(Tiré de: Flèche dérobée au vent)