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37. Solothurner Literaturtage finden vom 15.-17. Mai 2015 statt







Anne-Lise Grobéty

Quand Isabelle, qui l’aime encore trop pour ne pas emmener une grosse malle de détresse avec elle, a quitté la maison avec l’enfant, Marc n’a rien ressenti de particulier, sinon quelque chose de l’ordre du destin accompli, une satisfaction comme l’entomologiste qui vient d’endormir un très beau spécimen de papillon avec la conscience d’avoir offert l’éternité à cette pauvre bête éphémère. Rien à voir donc avec un trivial sentiment de soulagement. Ni même avec un soupçon de souffrance. C’était dans l’ordre des choses, un point c’est tout. Il a tout de même forcé le bouchon d’une des bonnes bouteilles de la cave du vieux, non pas en signe de triomphe mais seulement pour marquer la journée d’une pierre particulière. Gorgé d’excellent vin (Aubin ayant refusé d’y goûter), il a étudié avec délice la vie des perceoreilles ou forficules, insectes orthoptères coureurs (de jupon?) et appris quantité de choses passionnantes qu’il s‘empresse de communiquer au vieux frère, insistant surtout sur le fait que les forficules sont de très bonnes mères. – Tu me fais penser à cet homme qui, sentant approcher la mort dans son dos, cache sa tête au creux des pages d’un gros livre qu’il tient devant lui pour qu’elle ne le voie pas … Quand te décideras-tu enfin à apprendre l’essentiel?

(Tiré de: La corde de mi)