

Chroniques de l'Occident nomade, (Editions Zoé, 2011)
J’aime le mot « ravissement ». Je n’aime pas sa sonorité, son côté rêche et benêt, son étendue. Mais j’aime sa double acception : ravi du temps, enlevé à l’instant présent, et par voie de fait ravi, heureux, ébaubi de beauté. «Le jeu nous ravit» avait dit un professeur de philosophie aux mains maigres, et il m’avait ainsi fait éprouver pour la première fois l’étrange polysémie du terme. Il y a ici quelque chose de l’ordre de Rimbaud, de Dante, de Claudel, quelque chose de la beauté par l’absence. Et une des manières de rapprocher la lecture du voyage est encore cette absence. À Ouagadougou, je lis. J’éprouve pour la première fois de ma vie l’ennui gênant, embarrassé. Il y aurait des choses à faire en cherchant bien : marcher dans la rue, donner mon argent, rendre visite à l’hôpital, construire une école. C’est pour ces raisons que les jeunes voyageurs se rendent en général dans cette région. Mais soit que j’aie peur, soit que je me sente privée de liberté, soit que la chaleur rende tout geste complexe et douloureux, je ne fais rien. Nous sommes parties de Genève les mains dans les poches, une centrifugeuse sous le bras pour un médecin ami d’un ami d’un ami d’un ami. Pas d’association, pas d’entreprise caritative. C’est le mois le plus chaud de l’année, le mois de mai, le mois qui a vu la chaleur monter pendant tous les précédents et l’accumule jusqu’à la mousson de juin. Il fait nuit et jour entre 40 et 45 degrés. Les mêmes amis d’amis d’amis d’amis nous logent. Nous les attendons. Une heure, deux heures, dix heures. Nous rions de cette attente, de notre sueur, de notre ennui, faiblement. Les pales des ventilateurs font des mouvements d’air chaud audessus de nos corps étendus. Une couche de liquide tiède reste sur chaque sol, sur chaque matelas dont nous nous levons. Nous lisons donc, nous lisons dans la plus insupportable et la plus soulageante attente. Et Dostoïevski, justement, me ravit. Je lis L’Idiot à Ouagadougou et l’idiot ne me rend pas heureuse mais me sort du temps où je vis. Dans le silence vertical de la rue ouagalaise aux heures brûlantes, je vois s’élever une datcha, des calèches, des duvets de neige. D’élégantes dames très pâles se promènent dans leurs manteaux de fourrure au milieu des mamas noires suantes et colorées. Les jeunes hommes russes déchaînent leurs passions vers de jeunes africaines aux courbes suaves. En vérité, les passions qu’on n’a pas la force d’exprimer ici, le bouillonnement intérieur qu’on tait faute d’air, faute d’espace, semble vivre chez ces quelques têtes brûlées, chez ces slaves blancs lointains de papier.
Lecture
Die Gewinner des OpenNet 2013, des traditionellen Schreibwettbewerbs der Solothurner Literaturtage, sind bekannt.
Die 36. Solothurner Literaturtage finden statt vom
30. Mai – 1. Juni 2014.
Zum Programm der: 35. Solothurner Literaturtage 2013

Hier finden Sie die Literaturtermine 2013.
Das Plakat 2013, gestaltet von Blanc de Titane, Zürich